Plossu "jardins et îles"

Du 22 octobre 2022 au 22 janvier 2023

plossu_portrait.jpg

plossu_portrait.jpg, par TPolard

La vision artistique de Bernard Plossu est façonnée par son goût pour le cinéma et ses nombreux voyages.
Ayant parcouru le monde entier, son histoire avec Hyères commence dès les années 1960. Il aime photographier cette ville à la fois rurale, urbaine, littorale et insulaire. Son étrange beauté, ses paysages entre terre et mer, sous le ciel clair de Provence le passionne, mais c’est surtout au travers de ses photographies des jardins et des îles d’Hyères que Bernard Plossu témoigne de son attachement à notre ville.
Né en 1945 dans le Sud-Vietnam, à Dalat « ville du printemps éternel », Plossu est un photographe français de renom. C’est lors d’un voyage avec son père dans le Sahara à l’âge de treize ans, et muni d’un Kodak Brownie Flash, qu’il s’initie à la photographie.
Adepte du noir et blanc ou du tirage Fresson, unique pour ses couleurs intenses et son rendu mat, ce « photographe de tous les instants » parvient à captiver par ses photographies au 50 mm, authentiques, réalistes.
Persuadé « qu’on ne prend pas de photos » mais que ce sont « les photos qui nous prennent », il saisit les images au vol, se laissant transporter par ce qui attire son regard.

plossu_les_jardins_hyeres.jpg

plossu_les_jardins_hyeres.jpg, par TPolard

Les jardins d'Hyères

C’est avec un regard curieux et une grande sensibilité, que les jardins de la ville d’Hyères ont été photographiés par Bernard Plossu en 2021. Cette série d’une cinquantaine de photographies exposées aujourd’hui, est le résultat d’une commande et de plusieurs après-midis passées par le photographe à arpenter les petites rues, à rencontrer les habitants et à se laisser surprendre par la nature et les paysages typiques d’une ville méditerranéenne.
Du parc Sainte-Claire, en passant par celui de Saint-Bernard, ou encore le parc Olbius Riquier et le jardin du musée La Banque, le noir et blanc des photographies permet de rendre leur simple beauté aux espaces familiers de la ville et à leur végétation luxuriante et calme. La vieille ville se trouve également immortalisée sous son objectif, comme si le temps s’était arrêté sur l’ancienne cité médiévale.

Les îles : Porquerolles

plossu_les_iles_porquerolles.jpg

plossu_les_iles_porquerolles.jpg, par TPolard

La plus célèbre des Îles d’or, Porquerolles est également la plus grande avec ses presque 13 km2 de superficie, et la plus peuplée. Unique en son genre, connue pour ses eaux turquoise, ses plages de sable fin, son attrait est une évidence touristique.
Les photographies de l’île exposées ici sont en noir et blanc, indissociable de l’oeuvre de Plossu. C’est grâce à ce traitement spécifique que nous pouvons découvrir Porquerolles avec un autre regard, loin des cartes postales. C’est en 1963, à Pâques, que Plossu visite l’île hyéroise pour la première fois. Pour le photographe, il s’agit d’un « coup de foudre immédiat pour la végétation, les odeurs méditerranéennes, les petits chemins », et d’ajouter « le paradis doit ressembler à cela ».

Les îles : Port-Cros

plossu_les_iles_port-cros.jpg

plossu_les_iles_port-cros.jpg, par TPolard

L’île de Port-Cros est un espace naturel préservé, devenu parc national en 1963. Ce lieu étonne par sa nature sauvage, ses chemins de terre déserts, son calme et cette impression d’être hors du temps, loin de toute civilisation. Il reste aujourd’hui à l’écart de la Côte d’Azur. Les photos de Bernard Plossu, en couleurs Fresson, loin du bruit et dans une évidente simplicité, montrent l’île de Port-Cros telle qu’elle est et mettent en avant sa lumière. Une lumière propre au Sud, non pas éclatante mais légèrement tamisée. Les paysages y deviennent poétiques, sous l’oeil d’un artiste « photographiant le vent, le silence, les embruns, l’horizon lointain, les plantes qui se composent naturellement ».

 

Braque "œuvre gravé"

  • Du 4 juin au 25 septembre 2022

/////

expo_braque.jpg

expo_braque.jpg, par TPolard

L'œuvre gravé de Georges Braque

2022, 140e anniversaire de la naissance de Georges Braque (1882-1963).
Cet artiste majeur du XXe siècle, ami de Picasso, Matisse, ou encore Jean Paulhan et Aimé Maeght, a été le précurseur de nombreux mouvements artistiques.
Il commence avec les Fauves, co-fonde le Cubisme, explore les paysages géométrisés et les natures mortes en aplats, crée les papiers collés et varie les thèmes, comme les oiseaux ou la mythologie grecque. Il participe également à l’engouement pour le livre illustré qui se développe dès le début du XXe siècle, illustrant les oeuvres de ses amis poètes, dont René Char (Lettera amorosa, 1953).
Ceux qui ont écrit sur Braque ont noté son souci constant du métier mais aussi de la matière. Celui qui a expérimenté avec le sable incorporé à la peinture et avec les lettres, ne pouvait négliger la pierre et le métal : la gravure est indissociable de son oeuvre. Braque commence à graver dès 1908 mais ne montre ses compositions qu’à partir de 1912, encouragé par son marchand Kahnweiler. Après la guerre de 1914-18, il produit quelques gravures sur bois et davantage de lithographies. C’est à partir de 1930 qu’il y consacrera une partie de son oeuvre. Son oeuvre gravé, si important, reste ainsi peu abondant. « La limite des moyens », notait-il, « donne le style, engendre la formule nouvelle, et pousse à la création ».

OEuvre {n.m.} : ensemble de ce qu’un artiste a produit, notamment au moyen d’une technique particulière.
Graver {v.tr.} : creuser un support en retirant de la matière (métal, bois...).

expo_braque_01.jpg

expo_braque_01.jpg, par TPolard

expo_braque_03.jpg

expo_braque_03.jpg, par TPolard

expo_braque_02.jpg

expo_braque_02.jpg, par TPolard

Harmonies intérieures

braque_expo_03.jpg

braque_expo_03.jpg, par TPolard

Dans le parcours proposé, les natures mortes de Braque sont regroupées en deux sections : la première concerne sa période cubiste en noir et blanc, et la seconde, celle de ses natures mortes colorées et structurées dans un espace défini. Pour ses gravures

d’inspiration cubiste, Braque utilise des objets du quotidien (plat, vase, fruits, théière, fleurs), propres au genre de la nature morte. La simplification des couleurs avec des camaïeux de gris et de bruns, et la réduction à des formes géométriques, figuratives, apportent un aspect nouveau et innovant. Aboutissant sur du cubisme analytique, il n’est pas question de volume, mais plutôt d’aplat.
Les variantes de composition de ses natures mortes sont sans fin, plus ou moins sobres, encombrées ou colorées. Certains objets reviennent tout au long de son oeuvre, quelques-uns formant des séries où s’expriment un refus du volume, une dissociation du dessin et de la couleur. Ce ne sont pas les objets en euxmêmes qui importent, mais le lien qui existe entre eux.
Braque a toujours désiré un équilibre, une harmonie dans ses compositions. Ses instruments de musique ou bien ses outils d’artiste y ont une grande importance et nous pouvons les retrouver dans Théière et pommes, 1946, La guitare, 1953, ou encore Les Amaryllis, 1958.

Poésie grecque et métamorphoses

braque_expo_04.jpg

braque_expo_04.jpg, par TPolard

Féru d’Antiquité et de littérature, Braque découvre, dans les années 1920, Hésiode, poète théologien grec du VIIIe s. av. J-C. Lorsque Ambroise Vollard lui propose d’illustrer l’oeuvre poétique de son choix, l’artiste se tourne vers ce poète. Au début des années
1930, Georges Braque varie ses sources d’inspiration et développe un profond intérêt pour la mythologie antique. Les figures humaines et animalières issues de la mythologie, apparaissent alors régulièrement dans son travail, notamment dans des gravures et des lithographies.
L’artiste utilisera fréquemment la technique de la gravure pour faire ressortir des compositions linéaires, sur fond teinté dans ses estampes d’après-guerre, aussi bien que dans son oeuvre d’illustrateur, notamment dans la série des Hélios. Dans cette salle, à travers les profils grecs ou les scènes mythiques, nous retrouvons un hommage à cette mythologie grecque que Braque appréciait tant. La sculpture La Charrue (1939-1940) est ainsi une référence au poème d’Hésiode, Les
Travaux et les Jours.

L'envol

braque_expo_05.jpg

braque_expo_05.jpg, par TPolard

Le motif de l’oiseau apparaît chez Georges Braque dès les années trente mais devient plus fréquent vers la fin de sa vie, avec la commande du plafond de la salle Henri II du Louvre en 1953, puis après une visite
à la Tour du Valat en Camargue en 1955. Ce thème d’abord incorporé comme élément graphique dans sa série « Ateliers », huit toiles à peine figuratives au thème sombre entre 1949 et 1956, finira par s’imposer dans l’oeuvre de l’artiste et y restera présent jusqu’à sa mort.
Cet « être de plume et de conquête » (Saint-John Perse, Oiseaux, VII, 1962) est représenté de manière peu figurative, mais exprimant autant de réel et de compréhension. Généralement composé de grands aplats de couleur - bleu, blanc, jaune, noir ou même orange - « l’oiseau succinct de Georges Braque » comme disait Saint-John Perse, est parvenu par sa pureté et sa simplicité, à l’essentiel. Très colorés, symbolisant la sérénité mais également le rêve et l’évasion, ses oiseaux paraissent voler d’oeuvre en oeuvre, comme en mouvement. Un envol que l’on retrouve dans les créations de cet espace.

Mouvements

braque_expo_01.jpg

braque_expo_01.jpg, par TPolard

Le motif du cheval chez Braque est souvent lié aux gravures qu’il a composées entre 1931 et 1932 pour illustrer sa version de La Théogonie d’Hésiode parue en 1955. OEuvres issues de sa période inspirée par la
poésie grecque, il s’agit ici d’estampes ou de sculptures tel Pur Sang, 1956, en bronze, sur le thème de la chasse et de la course hippique. Les chevaux représentés rappellent ceux de la Grèce antique par leurs traits épurés, leurs formes simplifiées et la manière dont ils semblent en mouvement. Pourtant, Braque rapporte avoir été inspiré pour la plupart de ses chevaux par Gélinotte, un cheval participant aux courses de trot dans les années 1950, qui lui aura aussi servi de modèle pour plusieurs de ses oeuvres, dont Le Petit Cheval, 1955-56. L’artiste semble alors recréer un souvenir.

1948 - 1963

Les dernières années de création de Braque sont accompagnées de marques d’honneur et de reconnaissance.
Il reçoit en 1948 le Grand Prix de la Biennale de Venise et devient le premier artiste à être exposé de son vivant au Musée du Louvre en 1961, lors de la rétrospective L’atelier de Braque. Durant les dernières années de sa vie, Braque, vieillissant et malade, est incapable de travailler longtemps à ses peintures. S’engageant alors dans une nouvelle démarche artistique, il sélectionne une centaine de ses oeuvres qui sont retranscrites en gouaches maquettes, préliminaires à une exécution en trois dimensions. Il collabore
ainsi avec le diamantaire Heger de Loewenfeld pour des céramiques, mosaïques ou encore bijoux à base d’or, de cuivre et ornés de pierres précieuses, telles diamant, émeraude, topaze ou améthyste.
Braque s’éteint le 31 août 1963 après une riche et brillante carrière. Lors des funérailles nationales de l’artiste en septembre 1963, André Malraux prononce dans la Cour carrée du Louvre un puissant discours, dans lequel il déclare que jamais aucun peintre ne reçut un hommage de cette nature de la part d’un pays moderne, avant d’ajouter : « Et puisque tous les Français savent qu’il y a une part de l’honneur de la France qui s’appelle Victor Hugo, il est bon de leur dire qu’il y a une part de l’honneur de la France qui s’appelle Braque, parce que l’honneur d’un pays est fait d’abord de ce qu’il donne au monde ».

braque_expo_02.jpg

braque_expo_02.jpg, par TPolard

/////

L'exposition inaugurale "Face au soleil 1850-1950"

  • Du 27 novembre 2021 au 24 avril 2022

/////

  • Bonnard, Boudin, Camoin, Cross, Dufy, Friesz, Picasso, Renoir, Signac, Valtat, Ziem, Chagall...

Pour fêter la renaissance du musée d’Hyères !

expo_face_au_soleil_musee.jpg

expo_face_au_soleil_musee.jpg, par TPolard

Un nouveau musée, La Banque, musée des Cultures et du Paysage, voit le jour à Hyères à l’automne prochain.
À cette occasion, la municipalité hyéroise a souhaité associer à la présentation nouvelle et étoffée de ses collections permanentes, une exposition évoquant, entre terre et mer, et face au soleil, la découverte des paysages méditerranéens par les peintres, entre 1850 et 1950. Cette manifestation réunissant 65 tableaux prêtés par 35 musées et plusieurs collectionneurs particuliers et exposant 49 artistes, permettra de découvrir combien l’attrait d’une lumière nouvelle, bien éloignée de celle des ateliers, s’est faite progressivement et avec un succès grandissant.

Sur la route de l’Italie, mère incontestée et incontournable des arts, des peintres de toutes origines ont, très tôt, fréquenté le littoral méditerranéen. La plupart, cependant, ne firent que passer laissant aux artistes locaux le soin de chanter les paysages de leur région. Ceux-ci, tels que Paul Guigou ou Émile Loubon, privilégièrent ainsi, pendant longtemps, les plaines écrasées de soleil et les petites montagnes au-delà desquelles la mer aux couleurs de saphirs apparaissait timidement.

Au contact des visiteurs septentrionaux, les méridionaux firent évoluer leurs sujets. Certains regardèrent du côté de la peinture officielle, ainsi, Prosper Grésy qui, sous l’influence de ce qui se faisait au Salon, introduisit ses nymphes à l’ombre des sources jaillies au milieu d’une végétation de chênes verts ou de chênes lièges. D’autres, ensuite, tels Félix Ziem ou Jean-Baptiste Olive, mirent leurs pas dans ceux des nouveaux venus pour qui la mer, aux aspects éternellement recommencés, était un inépuisable champ d’expériences plastiques.

C’est que, depuis peu, arrivés par la récente ligne ferroviaire allant de Paris à Marseille, ces peintres du midi avaient vu s’installer de nouveaux artistes attirés par la douceur du climat – qui drainait aussi de nouveaux visiteurs, aristocrates et bourgeois, mais surtout amateurs et collectionneurs – et par des sujets nouveaux sous une lumière qu’ils ne connaissaient pas. Étonnamment, il ne s’agissait pas de novices mais de peintres confirmés qui transplantaient dans le midi une idée du paysage qui encore continuait d’être peinte en atelier. D’Ernest Meissonier, qui fut probablement un des plus efficaces promoteurs du goût pour le Sud, à Eugène Boudin, une nouvelle génération de peintres portait haut les couleurs de la Méditerranée et cela jusque sur les cimaises du Salon parisien.

L’effervescence créatrice qui suit la première grande révolution artistique qu’est l’impressionnisme va se faire ressentir aussi dans les rapports des peintres avec le Sud. Le rejet du travail en atelier supplanté par le travail en pleinair, la volonté de rendre la lumière de

expo_face_au_soleil_02.jpg

expo_face_au_soleil_02.jpg, par TPolard

ce pays de cocagne dans sa fugacité et ses vibrations vont, d’Auguste Renoir à Paul Signac, d’Henri Edmond Cross à Louis Valtat, et même plus tard encore, avec Georges Ribemont-Dessaignes, exalter une couleur qu’on ignorait et qui ne fit qu’accroître l’attrait de la Méditerranée.

Un nouveau pas est franchi au début du XXe siècle où lumières et couleurs deviennent objets de délectation, ainsi chez Pierre Bonnard et Émile Othon Friesz, tandis que les sujets progressivement disparaissent quand ils ne sont pas sauvés par l’influence cézannienne et son approche géométrique des motifs chez Raoul Dufy ou André Masson.
Le motif provençal devient un prétexte à l’introspection et se décline en séries pour plusieurs artistes, les pigeons de Picasso, les oliviers de Edouard Pignon et les galets de Ladislas Kijno.
La Méditerranée devient le motif d’une création colorée, déstructurée ou recomposée à la manière de Marc Chagall qui réorganise le réel et crée un univers onirique. Ainsi les sentiments s’expriment avec exaltation allant de la douleur ou de la joie au mysticisme.
Dans leur quête radieuse ou douloureuse de cette lumière méditerranéenne vive et irradiante, ces artistes sont partis à la recherche d’une vérité ou d’une « lucidité » artistique ouvrant sur une création prolifique et interpellante car « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » selon le poète René Char. (OEuvres complètes - Notes du recueil intitulé Feuillets d’Hypnos, rédigé entre 1943 et 1944 et dédicacé à Albert Camus.)

Dominique Lobstein
Historien de l’art

SCÉNOGRAPHIE
La Fabrique Créative
Henri Joaquim - Direction
Sylvie Dolly - Design, scénographie
Isabelle Abiven - Graphisme
30 rue de Charonne, 75011 Paris
01 42 72 15 47 - 01 42 72 44 46
AE3
Alain Jeanmet - Direction
Claude Goyet - Menuisier Ébéniste
William Cerret - Ebéniste métalier
1022, rue Max Chabaud, 3000 Nîmes
04 66 27 21 77 - 06 15 75 19 50
expo_face_au_soleil_03.jpg

expo_face_au_soleil_03.jpg, par TPolard

 

expo_temporaire_face_au_soleil_musee_2021_012.jpg

expo_temporaire_face_au_soleil_musee_2021_012.jpg, par TPolard

 

Parcours de l'exposition

De 1850 à 1950, la Provence a su inspirer successivement les talents locaux mais également accueillir des artistes originaires de toute la France. Attirés par la douceur du climat, la singularité des paysages et la présence du soleil, plusieurs sont devenus méditerranéens de coeur, tandis que les natifs provençaux, amoureux de leur terre natale, n’ont de cesse de la faire admirer. Si les peintres du Sud s’attachent à montrer leur pays de l’intérieur, la Provence, les
parisiens sont plus sensibles aux couleurs de la mer, au ciel et au soleil.
Ces représentations des paysages du sud et plus particulièrement des bords de mer, nous proposent une histoire de l’art et des mouvements qui se sont succédés durant une centaine d’années. Des terres provençales à la
Méditerranée, des paysages aux marines, des plaines aux ports, du réalisme à l’explosion de la couleur, les peintres interprètent au fil du temps un paysage magnifique, illustrant les différents courants de la peinture. Durant cette période, les artistes se sont confrontés aux mêmes sujets, parfois selon des principes esthétiques identiques, mais aussi différents. À l’universalité des débuts va répondre l’atomisation des dernières cimaises, kaléidoscope de cet embrasement de l’art aux rayons d’Hélios.

1. Célébrer l'âme de leur chère Provence (1850-1870)

cannes_vue_de_la_napoule.jpg

cannes_vue_de_la_napoule.jpg, par TPolard

Les sociétés des Amis des Arts de Marseille et de Toulon exposent, dès 1836, les artistes de l’école provençale, née sous l’impulsion d’Émile Loubon. Cherchant à célébrer l’âme de leur chère Provence, des artistes tels que Guigou, Grésy, Courdouan ou encore Monticelli, influencés par les courants réalistes et naturalistes, chantent leur terre natale dans une facture naturaliste. Unis par des principes esthétiques et artistiques communs, ces peintres issus pour certains de formations académiques, travaillent d’une manière proche et sur des thèmes identiques : les scènes de genre et les paysages, appréciés des amateurs. Des lavandières, des baigneuses, un troupeau, s’illustrent dans de larges panoramas où quelquefois, la mer s’aperçoit au loin. Comme dans Soleil et poussière, de Crémieux où la scène écrasée par le soleil laisse à peine apparaître, une mer aux couleurs de saphir. Certains artistes comme Olive ou Ponson s’attachent, quant à eux, à représenter des calanques et des ports. D’autres regardent du côté de la peinture officielle. À l’instar de Grésy, sous l’influence des Salons officiels, qui introduit un sujet mythologique avec la présence de nymphes dans un paysage provençal. À partir de 1852, les Salons parisiens s’ouvrent aux artistes et aux sujets méridionaux, suscitant un intérêt pour cette région en pleine expansion.
[…] Le Midi est naturaliste, car la nature y est si belle et si claire que l’homme, n’ayant rien à désirer, ne trouve rien de plus beau à inventer que ce qu’il voit [...] C. Baudelaire

2. L'appel de la lumière Méditerranéenne (1870-1900)

vue_prise_de_beaulieu.jpg

vue_prise_de_beaulieu.jpg, par TPolard

Avec l’arrivée de la ligne ferroviaire Paris-Lyon-Marseille, vantée par ses affiches publicitaires, de nombreux artistes attirés par la douceur du climat, et par de nouveaux sujets sous une lumière qu’ils ne connaissaient pas, s’installent dans le Midi. Ces peintres réputés, venus des contrées septentrionales, vont au contact des paysages provençaux, transposer leurs pratiques et leurs palettes.
Ces artistes portent haut les couleurs de la Méditerranée jusque sur les cimaises des Salons parisiens comme Meissonnier, un des plus efficaces promoteurs du goût pour le sud ou Boudin, «le roi des ciels», qui garde sa palette par temps gris. Les couleurs se font plus claires et plus chatoyantes, tel le miracle de l’eau verte du port de Villefranche de Guiaud ou l’opposition des bruns de la terre avec les bleus de l’eau et du ciel de Flandrin. Les nuances sont ainsi plus légères, les bleus plus présents et les formats plus réduits.
Au contact de ces artistes, les peintres méridionaux font évoluer leurs pratiques. Ils se rapprochent du bord de mer, fréquentent les villes et les ports. La mer, thème de prédilection des peintres du nord pour sa lumière et ses aspects changeants, devient alors un sujet à part entière. Ziem et Olive en font un inépuisable champ d’expériences plastiques. L’effervescence créatrice qui suit la première grande révolution artistique qu’est l’impressionnisme va se faire ressentir aussi dans les rapports des peintres avec le Sud.

3. L'émotion est lumière et couleur (1900-1920)

la_baie_de_cavaliere.jpg

la_baie_de_cavaliere.jpg, par TPolard

Le pourtour méditerranéen devient un grand atelier où se retrouvent les artistes pour travailler ensemble et se confronter aux mêmes sujets. Les différentes pratiques se juxtaposent et se superposent parfois même dans la production d’un seul artiste. Cette émulation fait évoluer les techniques et nourrit une nouvelle modernité picturale qui s’exprime dans de nouveaux courants artistiques (pointillisme, fauvisme, etc.). De Renoir à Signac, de Cross à Valtat ou encore, plus tard, avec Ribemont-Dessaignes, la pratique du travail en plein air et la volonté de rendre la lumière de ce pays de cocagne, dans sa fugacité et sa vibration, vont exalter une couleur et une lumière qu’on ignorait.
Ainsi, à la recherche de l’inspiration, les artistes installent leurs chevalets dans des sites pittoresques où la couleur est brûlée, saturée par le soleil. À l’instar du bleu et du rouge des Roches d’Agay de Seyssaud et de Valtat, souvent représentées tant l’opposition des couleurs de la terre du ciel et de la mer est surprenante.
En usant d’une toponymie précise, les titres des oeuvres honorent les villes et les lieux de la Méditerranée. Les villages et les ports se cachent dans les anfractuosités de la côte, les déchirures de la montagne. Un nouveau pas est franchi quand la lumière et la couleur deviennent un sujet de peinture à part entière.
L’émotion est lumière et couleur, la création est effervescence.
L’éblouissement du soleil méditerranéen va amener ces artistes à une remise en question.

4. Vers l'expression d'une réflextion individuelle

jardin_public_a_hyeres.jpg

jardin_public_a_hyeres.jpg, par TPolard

Le sud est plus que jamais une terre de bien-être et d’imaginaires. Ainsi, les ports, symbolisant le voyage et la découverte, continuent d’inspirer. Dans le calme, la chaleur et l’atmosphère diaphane du sud, on se repose, on fait la sieste, on lit, on se promène, comme dans les tableaux de Bonnard et de Camoin. Après l’explosion de la couleur et de la lumière, les peintres reviennent au motif et à la ligne. La recherche picturale devient plus personnelle, plus intellectuelle et l’expression d’une réflexion individuelle.
L’émotion cède la place à la pensée. L’artiste peint depuis son atelier, volets entrouverts sur la baie ou le vallon de la maison : Les Collettes de Renoir. Le motif provençal devient un prétexte à l’introspection et se décline en séries pour plusieurs artistes, les pigeons de Picasso, les oliviers de Pignon et les galets de Kijno. La Méditerranée devient le motif d’une création colorée, déstructurée ou recomposée à la manière de Chagall qui réorganise le réel et crée un univers onirique. Ainsi les sentiments s’expriment avec exaltation allant de la douleur ou de la joie au mysticisme.

Catalogue de l'exposition

Le catalogue de cette exposition propose d’abord deux textes pour introduire son propos.
Le premier du commissaire général Dominique Lobstein, montre combien le rôle des salons parisiens de plus en plus importants tout au long de la première moitié du XIXème siècle et l’arrivée du train dans le sud, mettent en lumière la place et l’évolution des peintres et des sujets méditerranéens dans l’histoire de l’art.
Le second, un essai de la directrice du musée jusqu’en octobre 2020, Amélie Bothereau, explique comment au travers de l’histoire du musée, ses collections composites se sont constituées entre Provence et Méditerranée par des conservateurs et des artistes locaux qui ont su sublimer cette région.

Puis, les 50 biographies et 66 oeuvres, qui illustrent le propos de cette exposition, permettent au lecteur de comprendre comment les artistes interprètent au fil du temps les magnifiques paysages méditerranéens au travers des différents courants de la peinture entre 1850 et 1950. Enfin, pour aller plus loin, 5 conservateurs en chef de musées de France parlent d’artistes ou de collections en dialogue avec le contenu de cette exposition.

198 pages avec couverture à rabats
Dimensions : 21x28cm
Prix : 20 €
Conception : La Fabrique créative

/////

 

 

NEWSLETTER

M'inscrire et recevoir l'actualité de la ville de Hyères les Palmiers

Vous pourrez vous désabonner à n'importe quel moment en cliquant sur le lien de désabonnement situés en bas de nos e-mails ou sur simple demande à l'adresse : communication@ville-hyeres.fr